Question 1015

Question: 

Bonjour,
J'ai 35 ans et suis suivi en PMA suite a 4 fausses couches et une malformation foetale (laparochisis). Dans le cadre du bilan de fausses couches j'ai eu droit a une série de prises de sang, toutes relativement bonnes si ce n'est un probleme de coagulation ainsi que ce résultat que je viens de recevoir d'anticorps anti-nucléaires AAN sup a 1600 (fluorescence de type homogène). anticorps anti adn natif négatifs, idem pour anticorps anti ENA et anti cardiolipine. Mon grand père était atteint d'une polyarthrite rhumatoïde.. cela pourrait il etre le cas pour moi? Je ne soufffre d' aucune douleur articulaire actuellement, je suis sportive et ai une relativement bonne hygiene de vie.. De nature hyper angoissée néanmoins ces resultats m'inquietent fortement. on m'a envoyé par courrier une ordonnance pour FAN et a nouveau AC antiDNA... sans explications.. Si je suis réellement atteinte de cette maladie et que j'en suis au tout début (absence de symptomes) puis je esperer l'interrompre, la freiner? J'ai lu qu'une grossesse pouvait "déclencher" la maladie dois je mettre mon projet aux oubliettes?

Merci d'avance pour votre réponse
Adeline

Réponse: 

Bonjour et merci pour votre question.
Avoir un grand-père ayant souffert d’une polyarthrite rhumatoïde augmente incontestablement mais seulement légèrement le risque de développer la maladie. Il existe aussi des facteurs qui n’ont rien à voir avec l’hérédité et qui se trouvent dans l’environnement. Un facteur important qui est actuellement bien établi est le tabac. Combiner un facteur héréditaire avec la fumée est donc absolument à éviter.
La polyarthrite rhumatoïde est une maladie essentiellement articulaire. Des douleurs et des gonflements articulaires sont souvent les premiers symptômes et signes qui poussent à consulter. De plus, les douleurs ont habituellement un caractère inflammatoire. Elles sont plus intenses la nuit car les articulations enflammées se congestionnent d’avantage et s’accompagnent d’une raideur prolongée le matin car l’œdème qui s’est accumulé durant la nuit autour des articulations enflammées doit être évacué par des mouvements progressifs.
Très souvent, on trouve dans le sang des patients avec une polyarthrite rhumatoïde des anticorps particuliers comme le facteur rhumatoïde et/ou des anticorps anti-CCP (appelés actuellement ACPA pour anticorps anti-protéine cittrulinée) qui peuvent être présents plus de 10 ans avant l’apparition des symptômes.
Les informations que vous avez transmises permettent d’écarter pour le moment le diagnostic d’une polyarthrite rhumatoïde car vous signalez ne pas avoir de douleurs articulaires et les prises de sang n’ont pas révélé d’inflammation ou des anticorps orientant vers ce diagnostic.
Lorsqu’une personne présentant une polyarthrite rhumatoïde commence une grossesse, le rhumatisme a tendance à se calmer et cela dure habituellement jusqu’à l’accouchement et même au-delà, jusqu’au sevrage. Ceci est probablement en rapport avec les modifications hormonales qui interviennent durant cette période. Par contre, on constate également souvent une réactivation du rhumatisme ou son déclenchement après une grossesse. Cette période est donc délicate et justifie une attention toute particulière.
Les facteurs antinucléaires sont aussi des anticorps qui peuvent être détectés dans le sang, dirigés contre des composants du noyau des cellules de l’organisme. Ces anticorps peuvent être dirigés contre l’ADN (et appelés pour cela anticorps anti-ADN) ou contre d’autres structures du noyau. Ces derniers anticorps peuvent être extraits du noyau et sont appelés pour cela «extractables». C’est la raison pour laquelle on les trouve sur les feuilles de laboratoire, sous la dénomination «anticorps ENA» pour «Extractable Nuclear Antibodies». Ces anticorps peuvent constituer une découverte fortuite chez une personne en parfaite santé (mais on ne demande cependant pas ce type d’examen sans raison) et on propose dans ce cas de contrôler les taux observés tous les 6 mois au début (pendant habituellement 2 ans) puis tous les 12 mois pendant quelques années en restant attentif à l’apparition de symptômes qui pourrait faire penser à une affection caractérisée par la présence de ces anticorps. Ces affections sont apparentées à la polyarthrite rhumatoïde et sont appelées «les connectivites». Il n’est pas «normal» d’avoir ces anticorps dans son sang mais, pour vous, le fait que leur aspect soit homogène et que les sous-groupes (anti-ADN et ENA) soient absents est rassurant. Comme expliqué plus haut, il ne faut pas s’inquiéter qu’un contrôle régulier soit effectué. Cela dénote un bon suivi par votre médecin de famille. En cas d’apparition de symptômes articulaires ou d’un autre système, il demandera probablement une consultation auprès d’un rhumatologue qui complètera les investigations.
Avoir présenté plusieurs fausses couches et avoir un trouble de la coagulation peut s’observer dans un syndrome particulier qui s’appelle le «syndrome des anticorps anti-phospholipides». Il est caractérisé par la présence d’anticorps anti-phospholipides et/ou d’anticorps anti-cardiolipines. Vos résultats de laboratoire mentionnent l’absence de ces derniers mais ne mentionnent pas la présence ou le taux des premiers. Ce syndrome très particulier mérite sûrement, s’il est suspecté, un avis spécialisé auprès d’un rhumatologue. Actuellement, il est parfaitement gérable et sa présence n’empêche plus d’envisager une grossesse, même si celle-ci doit être surveillée de près par une équipe multidisciplinaire.
En résumé, il n’y a pas de raison de s’alarmer. Vous ne pouvez rien changer à votre hérédité mais vous pouvez éviter de fumer, si c’est le cas. Rien ne permet de retenir une polyarthrite rhumatoïde dans votre cas pour le moment. La présence de facteurs antinucléaires n’est pas normale mais n’a de signification particulière que si elle s’accompagne de symptômes ou de signes caractéristiques d’une connectivite. Une suspicion d’un syndrome des anticorps anti-phospholipides mérite une consultation auprès d’un rhumatologue qui décidera des investigations nécessaires en accord avec votre médecin de famille.