Question 8

Question: 

Ma polyarthrite a été déclarée en 1999,mais cela faisait depuis 92 que l'on cherchait! Je sais que l'on ne peut pas en guérir, mais que l'on peut la stopper! Qui a vécu cela et pourrait me dire si les douleurs et les raideurs sont vraiment inexistantes?

Réponse: 
  1. Pour répondre à votre délicate question, je vais me permettre de la partager en trois : Dans la première partie de votre question, je comprends tout d'abord que 7 ans se sont écoulés entre les premiers symptômes que vous avez ressentis (1992) et le diagnostic médical (1999). Le point d'exclamation que vous placez après cette première phrase témoigne de votre étonnement et cache peut-être un certain ressentiment contre ceux qui ont cherché si longtemps avant d'aboutir à ce diagnostic. A cela, je répondrai que la polyarthrite rhumatoïde débute souvent par des symptômes généraux non spécifiques : fatigue, inappétence, perte de poids, transpirations inhabituelles, douleurs mal localisées, éventuellement raideurs de certaines articulations. Il n'est pas rare que cette phase s'étale sur plusieurs mois, voire sur un à deux ans. Mais il est exceptionnel qu'elle atteigne sept ans comme dans votre cas. Or, vu l'agressivité des médicaments de fond actuellement à notre disposition, nous ne pouvons pas les mettre en ouvre avant d'avoir un diagnostic de certitude, ou tout au moins avant que nous ayons pu nous approcher de cette certitude. Ceci n'est pas une petite affaire, car d'autres causes peuvent aboutir à des plaintes analogues :
  • Chez la femme, certains troubles hormonaux peuvent réaliser un tel tableau, surtout dans la phase prémenstruelle.
  • En cas de surcharges mécaniques ou de micro-traumatismes dans les activités professionnelles ou domestiques, des sensations de douleurs, de raideurs et même de gonflement peuvent affecter les articulations concernées (à vrai dire sans les symptômes généraux d'accompagnement).
  • Chez des personnes plus âgées, des maladies osseuses (ostéoporose), hormonales ou sanguines peuvent se présenter à leur début sous un tableau analogue.
  • Enfin, et surtout, il existe chez les patients plus jeunes une pathologie douloureuse caractérisée par des douleurs diffuses, prédominant plutôt au tronc et aux articulations, par une fatigabilité musculaire douloureuse, par des points douloureux multiples et par un sommeil non réparateur. Ce syndrome polyalgique idiopathique diffus (SPID) est volontiers associé à des perturbations émotionnelles et il est une source de confusion possible avec la polyarthrite débutante.
  • C'est donc un véritable défi pour le rhumatologue de démontrer le diagnostic de polyarthrite rhumatoïde à un stade assez précoce pour que le traitement soit efficace. Cette démonstration s'appuiera sur les éléments suivants :
  • Appréciation précise des modifications objectives des articulations concernées (légère coloration, légère chaleur, épaississement en fuseau de consistance élastique, limitation fonctionnelle) avec relevé périodique de ces modifications ( extension, tendance à la symétrie.
  • Démonstration de l'inflammation synoviale par l'examen du liquide articulaire
  • Si nécessaire confirmation par les méthodes d'imagerie
  • Mise en évidence par l'examen sanguin des signes de l'inflammation (vitesse de sédimentation, protéine C-réactive, formule sanguine et des altérations plus spécifiques (dosage des auto-anticorps)
  • Eventuellement anamnèse familiale concordante.
  1. Vous êtes informée sur le pronostic. Je dirai, pour ma part que, dans la phase initiale, le pronostic est impossible à affirmer, tant l'évolution de cette maladie est capricieuse. Les cas de guérison totale sont certainement rares : ils concernent des polyarthrites qui ont évolué pendant moins d'un an puis se sont éteintes définitivement : il pourrait s'agir de polyarthrite d'origine virale (hépatite, oreillons). D'autre part, si l'on excepte les formes d'emblée étendues et rapidement destructrices, un traitement bien conduit peut espérer arriver à une stabilisation,  c'est-à-dire une situation où les phénomènes inflammatoires sont éteints et la progression des érosions arrêtées. Toutefois, il faut admettre que, dans ce cas, les déformations acquises sont définitives.

Toutefois, le pronostic de la douleur et de la limitation fonctionnelle va dépendre du degré actuel d'atteinte articulaire. Si, dans telle articulation le cartilage est détruit et à plus forte raison s'il y a des érosions osseuses étendues, il est clair que cette articulation ne pourra pas retrouver une fonction complète sans douleurs : on parlera alors d'une séquelle articulaire.

Autrement dit, si les examens radiologiques démontrent une destruction du cartilage (et éventuellement de l'os adjacent) il faudra vous attendre à des longues phases de stabilisation avec peut-être parfois des réveils douloureux liés à des facteurs saisonniers, à des phénomènes de surcharge mécanique, ou même, je ne le souhaite pas, à une reprise temporaire de l'inflammation. D'où la nécessité d'une surveillance médicale précise, d'un traitement de fond prolongé et éventuellement d'un traitement temporaire anti-inflammatoire et antalgique.

  1. Le troisième terme de votre question est d'interprétation plus délicate. Je crois que vous nous demandez si les douleurs et les raideurs seront vraiment inexistantes lorsque la maladie sera stoppée. En fait, si votre maladie peut être maîtrisée par le traitement et que l'inflammation synoviale s'éteint, les symptômes douloureux, largement liés à cette inflammation devraient eux aussi s'atténuer fortement.

Il serait intéressant que des polyarthritiques qui ont, comme vous le dites « vécu cela » puissent par le même courrier vous transmettre leur expérience et vous expliquer comment elles vivent en phase de rémission.

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Commentaires

Bonsoir,

J'ai la polyarthrite depuis 95 j'ai suivi un traitement plaquénil et anti inflamatoire pendant 5 ans.j'ai tout arreté depuis 3 ans j'ai toujours des douleurs mais je supporte.je pense être guérrie mais je sais que je ne le suis pas.mais je viens bien.j'ai fait pas mal d'allergie aspirine paracétamol ibuprofen pénicilline.j'en ai eu marre des visites chez le prof à plus de 100 kms.j'espère que ma rémission va durer longtemps car je dois m'occuper de mon mari qui est atteind d'une scérose en plaques.et qui lui est en invalidité.pas facile à 40 ans mais je crois qu'avec beaucoup d'amour et de courage on écrase la maladie...bon courage à vous.amicalement Nathalie

 

Durant l'été 2004, à la suite d'une crise aiguë, on a parlé de PR à mon sujet: les mains étaient atteintes, un peu moins les pieds, les genoux étaient tuméfiés, chauds, et je n'arrivais plus à marcher. J'avais rapidement perdu du poids. Les examens biologiques ont vite montré un état inflammatoire (sédimentation) avec une anémie. La douleur était constante, mais les douleurs commençaient dans la seconde partie de la nuit et la "mise en route" si lente qu'elle paraissait presque impossible. J'ai suivi un traitement à très hautes doses d'antinflammatoires pendant six mois. Puis mon rhumatologue m'a mis sous un médicament à base de quinine, réduisant de moitié la prise d'antinflammatoires. Les examens sanguins de cet été montraient encore une anémie, une vitesse de sédimentation rapide; le FR est négatif. Les radios montrent des pincements articulaires aux doigts des mains, aux genoux, aux hanches avec des décalcifications, et des calcifications tendineuses. Ceci est le cadre "intérieur". Au terme de ces cinq premiers mois de "nouveau" traitement les marques d'inflammations des articulations (doigts des mains, genoux en particulier) ont disparu. Je n'ai d'ailleurs jamais eu les articulations aussi 'belles". Il reste qu'il y a des matins qui sont plus lents et plus douloureux que d'autres, qu'il y a des jours de fatigue et de douleurs (le vent, l'humidité ou...). J'ai perdu en mobilité articulaire, mais j'ai retrouvé une vie normale qui m'a permis de prendre mes distances avec la maladie, de la faire mienne. Sylvie.