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Polyarthrite
Question 1083 | GVP
Uncategorized Julien / septembre 3, 2021

Question 1083

Question: 

Bonjour,
Je suis une femme de 45 ans. Fin Août dernier j’ai commencé à avoir mal dans une articulation (le majeur de la main droite, articulation interphalangienne). Comme je joue du piano, j’ai pensé que cela pouvait venir d’une pièce technique que je jouais et qui sollicitait un peu plus ce doigt que les autres. Quelque semaines plus tard j’ai commencé à avoir mal à d’autres articulations (la même à la main gauche et les articulations interphalangiennes distales de l’auriculaire et de l’annulaire de la main gauche, un peu à droite aussi). J’ai eu mal aussi à l’index droit (auquel je m’étais fait mal un an auparavant en jouant du piano, et là c’est sûr ça venait du piano car ayant de petites mains, je devais tirer sur mon doigt et j’ai trop contracté) puis au gauche (la douleur n’était pas articulaire pour ces 2 doigts, c’était plutôt une raideur de tout le doigt).
Ensuite j’ai eu des picotements dans les mains, des raideurs dans les poignets, des picotements dans les pieds et un peu de raideurs dans les doigts de pied, puis des fourmillements dans les 2 bras.
Début Novembre, une prise de sang met en évidence:
– un taux équivoque d’anticorps anti-D.N.A natif
– vitesse de sédimentation: 46 mm la 1ère heure
– une protéine C-réactive à 35,0 mg/l
Une radio des mains ne montre pas d’anomalies.

Début Janvier, je consulte une rhumatologue qui me prescrit d’autres examens dont voici les résultats:
– Hémogramme (numération globulaire, formule sanguine, numération des plaquettes) dans la norme. VMP à 7,4 fl alors que la norme commence à 7,5.
– vitesse de sédimentation: 18 mm la 1ère heure, 42 mm la 2ème heure.
– Biochimie sanguine (estimation de débit de filtration glomérulaire: créatinine enzymatique, clairance estimée, débit de filtration, acide urique) dans la norme.
– ionogramme dans la norme.
– Enzymologie dans la norme.
– protéine C réactive dans la norme.
– vitamine D à 50nmol/l (valeurs souhaitables: de 75 à 150 nmol/l)
– Electrophorese des protides dans la norme.
– Pas d’hépatite B, ni C.
– TSH ultra-sensible normale.
– parathormone intacte (PTH 1-84) normale.
– auto-immunité: facteurs rhumatoïdes négatifs, Anti CCP2 négatif, AC Anti-nucléaires à 160 (non significatif me dit le médecin) aspect moucheté et mitoses positives.
– AC anti-ADN natif négatif.
– AC anti-antigenes nucléaires solubles négatif.

Une radio des avants-pieds en charge montre de petites exostoses à la face interne des pieds au niveau de l’articulation cunéo-naviculaire. J’ai une épine calcanéenne sous le talon droit et une petite ex-croissance externe osseuse sous le gauche. Rien aux poumons.

A l’échographie osteo-articulaire (Esaote Myla60 X-Vision, sondes 10-18 et 4-13 Mhz): absence de synovite ou ténosynovite significative des poignets, mains et pieds. Absence d’érosion.

Début Décembre, un essai de 4 jours de cortisone à 40mg/jour et 4 jours à 20mg/jour ne m’ont pas soulagée.

En ce qui concerne les antécédents familiaux, la soeur de mon père avait la sclérose en plaques et la fille de mon cousin a une polyarthrite juvénile. Pas de polyartrite rhumatoïde.

Fin Décembre et en Janvier, ne supportant pas les anti-inflammatoires sauf la cortisone, j’ai eu une séance d’acupuncture par semaine qui ont permis de diminuer les symptômes de façon significative ( auraient-ils diminué sans cela?)
A ma deuxième consultation auprès de la rhumatologue, compte tenu de tous ces résultats, il n’y a pas eu de diagnostic de posé. J’ai une prescription de 8 jours de cortisone pour tenter de faire disparaître les derniers symptômes (articulation IPP du majeur droit encore un peu grosse, une petite bosse au même endroit sur la main gauche, fourmillements parfois dans le bras gauche).
Etant donné les antécédents de sclérose en plaque dans la famille et les fourmillements, je dois faire une IRM médullaire pour les mains et pieds, un EMG des membres supérieurs droit et gauche et consulter un neurologue.

Concernant la cause de ce rhumatisme inflammatoire, la rhumatologue évoque l’hypothèse selon laquelle j’aie pu être contact avec un enfant malade (je travaille auprès de jeunes enfants de 3 à 6 ans), certains virus ou microbes pouvant avoir des effets plus virulents chez les adultes.
Une origine neurologique se vérifiera ou non lors de ma visite chez le neurologue.
Je voudrais savoir si vous avez déjà vu des patients dans la même situation que moi, et si vous avez d’autres hypothèses à soumettre.

Je vous remercie d’avance pour votre réponse.

Réponse: 

Bonjour et merci pour votre question.
Votre histoire médicale est un peu inhabituelle mais pas exceptionnelle. Les examens complémentaires que vous avez subis étaient justifiés et s’ils n’ont pas permis de définir avec précision la nature de votre rhumatisme, ils ont contribué à y voir déjà un peu plus clair.
Il n’est pas rare qu’un rhumatisme commence par des symptômes un peu flous, pouvant correspondre à plusieurs entités. Si, pour une polyarthrite rhumatoïde, il existe des critères permettant de poser le diagnostic immédiatement ou après quelques semaines, il faut parfois plusieurs années pour que la nature exacte du rhumatisme ne se dévoile. L’important est de détecter les rhumatismes inflammatoires agressifs (comme la polyarthrite rhumatoïde) pour lesquels il existe actuellement des traitements permettant de bloquer l’évolution et d’obtenir la rémission.
La description de vos douleurs est détaillée mais il aurait été intéressant de savoir si elles avaient un caractère inflammatoire avec des douleurs provoquant des réveils nocturnes et si elles étaient accompagnées d’une raideur articulaire prolongée le matin ou après une période de repos. Il aurait aussi été intéressant de savoir si non seulement les articulations digitales étaient tuméfiées mais si cette tuméfaction était accompagnée d’une atteinte des gaines tendineuses courant à la face palmaire des mains. Ces caractéristiques seraient en faveur d’un épisode articulaire inflammatoire plutôt qu’en faveur d’un épisode mécanique lié à la pratique du piano ou d’une arthrose débutante.
L’apparition d’une extension à d’autres articulations, y compris aux pieds ainsi que d’un syndrome inflammatoire modéré (vitesse de sédimentation et CRP légèrement augmentées) sont aussi en faveur d’une réaction inflammatoire articulaire transitoire; par contre, l’absence d’effet de la cortisone plaide contre cette origine. L’échographie des articulations a heureusement permis d’établir que s’il y avait une inflammation, celle-ci n’était pas majeure. Cette constatation, associée à un bilan sanguin sans facteur rhumatoïde ni d’anticorps anti-ADN natifs augmentés ou d’anticorps solubles ont permis à votre rhumatologue d’écarter pour l’instant, une polyarthrite rhumatoïde ou un autre rhumatisme inflammatoire comme une connectivite (par exemple un lupus érythémateux systémique, une myosite, un syndrome de Sjögren, etc.).
Les interactions entre les rhumatismes et les maladies neurologiques sont nombreuses, mais si la présence de fourmillements dans les mains doit faire évoquer le diagnostic d’une sclérose en plaque, cette maladie ne s’accompagne pas, à notre connaissance, de tuméfactions articulaires. Ces fourmillements pourraient aussi être la conséquence d’un syndrome du canal carpien.
Votre rhumatologue a évoqué un possible épisode articulaire inflammatoire en rapport avec une affection virale (parfois transmise par un contact avec un enfant), une réaction immunitaire contre un microbe (trop nombreux pour être recherchés) ou suite à une morsure de tique (maladie de Lyme). L’amélioration du syndrome inflammatoire dans le sang va dans ce sens. C’est l’avenir qui le dira.
En conclusion, votre histoire évoque un épisode articulaire probablement inflammatoire (mais une arthrose peut aussi commencer de cette façon), pas trop agressif, ne correspondant pas à une polyarthrite rhumatoïde ou à une connective. C’est l’évolution au cours des prochains mois qui déterminera et dévoilera la nature exacte du rhumatisme. Il pourra disparaître comme il est venu ou alors faire apparaître de nouveaux symptômes et signes cliniques qui permettront de mieux le caractériser. Il ne faut surtout pas perdre le contact avec votre rhumatologue qui a fait les investigations nécessaires et qui continuera à surveiller l’évolution jusqu’à la résolution de votre problème qui reste encore un peu énigmatique.

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