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Polyarthrite
Question 536
Uncategorized Julien / septembre 3, 2021

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 QUESTION 536

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Ma grand-mère maternelle était atteinte de polyarthrite
rhumatoïde, elle est décédée en 1995. Ma tante (sa fille) a contracté cette
maladie en 2001, elle était âgée de 44 ans à l’époque. Elle a énormément
souffert pendant 4 ans, aucun traitement ne fonctionnait jusqu’à ce qu’elle
soit hospitalisée sur Montpellier en janvier 2005 et où elle a pu bénéficier d’un
traitement (nouveau protocole à l’époque, une perfusion qui permettait de
diminuer le taux de Lymphocytes T). Elle est aujourd’hui en pleine rémission et
croque la vie à pleines dents.
Depuis 2 mois, ma mère qui a 57 ans, s’est mise à souffrir terriblement de
toutes ses articulations, mains, doigts, pieds, chevilles, épaules, cervicales.
Elle se sentait épuisée. Ses analyses de sang étaient très mauvaises. VS à 82,
CRP à 69, tests positifs au latex waaler-rose. Elle est sous méthotrexate
depuis 1 mois sans résultats. C’est terrible pour elle qui était une femme si
active.
Je suis inquiète de voir à quel point elle est fortement atteinte. Pour que ma
tante puisse bénéficier d’un traitement efficace, il s’est passé 4 ans…
De plus, je trouve que 3 personnes dans une même famille, ça fait quand même
beaucoup, on peut quand même évoquer le caractère héréditaire de celle maladie
ici, non ?
De plus, je ne sais pas si c’est psychosomatique ou pas, mais je souffre de l’épaule
droite depuis 1 semaine. J’ai eu un bébé qui est né le 14 novembre. Je sais que
parfois une polyarthrite débute suite à un accouchement.
Alors est-ce une tendinite car je porte mon bébé? Est-ce que je somatise à
cause de ma mère? Où est-ce que je suis sujette moi aussi à cette terrible
maladie qui semble s’installer dans notre famille?
Je suis terriblement inquiète au point que çà gâche mon bonheur tout neuf avec
ma petite fille…

Complément

Merci pour votre réponse.
Pour info, ma grand-mère a eu 8 enfants, dont 2
atteints de la polyarthite. Ma mère est la deuxième de ses enfants, et ma tante
l’avant-dernière. De plus ma mère et ma tante étaient toutes les 2 touchées par
un « léger » psorasis depuis quelques années, aux coudes, avant le déclenchement
de la polyarthrite, ainsi que par diverses allergies (sulfites, plombages
dentaires, colorants retrouvés dans certains aliments).
Peut-être que c’était des signes précurseurs de
cette maladie, puisque le pso est 1 problème dermato considéré comme une maladie
auto-immune. Je ne sais pas ce qu’il en est des allergies?
Est-ce que le fait que 2 générations à suivre
soient affectées amplifient la prédisposition que mes enfants et moi soyons à
notre tour touchés?
J’ai parlé de mon épaule à mon médecin généraliste
qui pencherait pluôt pour la tendinite de « la jeune maman », m’a -t-il
dit.
En effet la douleur n’est pas plus importante la
nuit ni le matin, pas besoin de dérouillage. Par contre elle irradie vers le
bras, et s’amplifie lorsque je porte ma petite fille.
Merci en tout cas pour vos informations.

 


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Le
problème de l’
hérédité, ou de l’agrégation familiale de la
polyarthrite, suscite bien des inquiétudes, comme vous pourrez le voir en
consultant les réponses
36, 53, 64, 513.

Cette
PR , selon les statistiques, touche 0,5 à 1% de la population, mais la
fréquence varie selon les régions, elle est plus forte dans les pays du nord de
l’Europe. Les rhumatologues connaissent tous des familles fortement touchées
comme la vôtre, surtout lorsque les fratries sont importantes en nombre (il
faudrait connaître le nombre d’enfants qu’a eus votre grand-mère). Cette
agrégation familiale est compréhensible lorsqu’on sait que cette maladie a un
lien avec les antigènes H-LA.

Comme
vous pourrez le lire dans les réponses citées, la PR n’est pas une maladie héréditaire comme par
exemple l’hémophilie ou (ce n’est pas une maladie) le daltonisme.

Mais
il est certain
qu’elle a un caractère
héréditaire
. Pour chiffrer ce risque héréditaire, on est obligé de se baser
sur de grandes statistiques. Celles-ci ont démontré que le pourcentage relevé
dans la population générale doit être multiplié par un facteur de 1,7 à 3 dans
les familles qui comptent un cas de PR, soit au plus un risque de 3%. Nous
comprenons que ce chiffre soit pour vous difficile à accepter, vous qui
appartenez à une famille particulièrement malchanceuse dans ce qui ressemble à
une terrible loterie.

Sachez
que les études se poursuivent pour éclaircir ce problème. Certes, il ne serait
pas utile de savoir à l’avance ce qui nous attend puisqu’on ne dispose pas de
traitement préventif.

Heureusement,
les traitements de fond de la maladie ont fait de grands progrès ces dernières
années. On parle actuellement de l’intérêt des anti-CCP dans la confirmation du
diagnostic au stade précoce ; certains pensent même que ces anticorps
seraient présents plusieurs années avant la révélation de la maladie (ce qui
reste encore à confirmer). Mais attention, ce test peut être positif chez les
patients qui ont un psoriasis, il perd alors sa signification.

Pour ce qui concerne votre cas personnel, je dirai que
la périarthrite de l’épaule est tellement courante que c’est à elle qu’on
penserait en premier lieu devant les douleurs que vous décrivez. Votre
inquiétude pourrait justifier une recherche de ces anti-CCP pour vous
rassurer : parlez-en à votre médecin.

Complément

A
réception de votre second message, qui nous apporte un
élément nouveau très important, je me vois de revoir ma copie et de
corriger certaines conclusions.

Notre
réflexion été basée sur le fait que ces trois cas familiaux étaient des
polyarthrites rhumatoïdes. Vous nous
dites maintenant que votre mère et votre tante sont affectées d’un
« léger »
psoriasis (on ne
sait pas si c’était aussi le cas de votre grand-mère). Peut-être y a-t-il
encore d’autres cas méconnus de psoriasis cutané dans la famille : il
n’est pas rare d’en retrouver si l’on examine systématiquement les autres
membres de la famille aux endroits caractéristiques. Pour notre propos, même un
« léger » psoriasis est important à connaître, même si l’on sait
qu’un petit nombre seulement de ces psoriasis cutané est susceptible de
développer une arthrite psoriasique.

Nous
posons donc la question du diagnostic : s’agit-il de trois cas de
polyarthrite rhumatoïde ou de polyarthrite psoriasique ? Le traitement ne
sera probablement pas très différent, mais les appréciations concernant le
risque potentiel pour les autres membres de la famille et pour le pronostic de
chaque cas seront différentes.

En
consultant les réponses
  109, 119, 142, 180, et 346 (avec photos),
vous verrez qu’il y a certaines différences entre les deux maladies.

Actuellement,
selon les critères les plus récents (étude CASPAR, Arthritis Rheum 2006)

on
retient le diagnostic de rhumatisme psoriasique ( ou arthrite psoriasique ) sur
les bases suivantes :

  • psoriasis
    cutané, antécédent personnel ou antécédent familial de psoriasis cutané
  • dystrophie
    unguéale typique ( onycholyse, ponctuations, hyperkératose )
  • absence de
    facteur rhumatoïde
  • dactylite (
    tuméfaction d’un doigt par arthrites étagées )
  • radiologiquement
    lésions osseuses constructrices juxta-articulaires

Les
critères de classification sont remplis pour un score supérieur ou égal à 3 (l’existence
d’un psoriasis cutané valide pour 2 points et les autres critères pour 1 point)

Comme
vous le voyez, le facteur rhumatoïde est en principe négatif : dans le cas
de votre mère, il faudrait refaire cette recherche avec des méthodes plus
récentes que le latex et le Waaler-Rose.

Cette discussion n’est pas que
théorique
, car elle permettra de
répondre à vos inquiétudes.

En
fait,
l’aggrégation familiale du
rhumatisme psoriasique est nettement plus forte que l’aggrégation familiale de
la polyarthrite rhumatoïde
. Autrement dit, les parents au premier degré
d’un rhumatisme psoriasique ont nettement plus de risques de développer
l’affection que les sujets d’une population « tout venant », plus de
risque aussi que s’il s’agissait d’une polyarthrite rhumatoïde (d’où les
discordances avec les chiffres que nous avions donnés pour la PR). En revanche le pronostic
fonctionnel est moins sévère pour la polyarthrite psoriasique que pour la PR.

Mais
venons-en à la question qui vous tourmente, c’est-à-dire au risque pour la
descendance. Du fait que la polyarthrite psoriasique est plus fortement liée au
système des antigènes H-LA, une
étude
génétique
des divers H-LA pourrait alors permettre de savoir si vous êtes
porteuse du marqueur incriminé. Une telle recherche n’est justifiée que si vous
n’avez pas la marque cutanée du psoriasis et si vous tenez à savoir ce que
l’avenir vous prépare. Nous ignorons où vous habitez, mais peut-être
pourriez-vous intéresser à ce problème génétique l’équipe hautement compétente
de Montpellier qui avait soigné votre tante.

Encore un mot au sujet des anti-CCP, dont nous avons
parlé précédemment. Ce test, réputé spécifique pour la polyarthrite rhumatoïde (et
peut-être présent avant les premiers symptômes de la maladie, ce qui est encore
à vérifier) est aussi présent chez 7,8 à 15,7% des sujets porteurs d’un
rhumatisme psoriasique et chez 17,7% de porteurs d’un simple psoriasis cutané
sans affection articulaire. D’où la difficulté d’interpréter ce test dans le
cas qui nous occupe.

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